Quand l’IA nous fait douter des humains… et ça commence par les écrivains !

Encore hier dans la rue j’entendais : l’IA va nous remplacer… Spoiler alert : aujourd’hui on commence surtout à demander aux humains de prouver qu’ils ont bien écrits eux-mêmes leur productions. Moi-même étant formatrice dans des établissements scolaires j’en ai la preuve avec le rendu de mes étudiants qui est scruté à la recherche d’une preuve IA.

Et la polémique qui entoure depuis quelques jours Thélyson Orélien et son premier roman C’était ça ou mourir en est un assez bon exemple.

L’auteur, tout juste récompensé par le prix du Roman Fnac, s’est retrouvé accusé sur X d’avoir rédigé une grande partie de son livre à l’aide d’une intelligence artificielle. À l’origine de l’accusation : un compte anonyme et des analyses réalisées avec Pangram, un outil destiné à détecter les textes générés par IA.

La publication devient virale et en quelques heures une question émerge : ce texte a-t-il été écrit avec une IA ? Question qui se transforme rapidement en affirmation. Sauf qu’entre un score généré par un site et une preuve, il y a quand même un petit morceau de chemin.
On notera au passage le beau coup de com pour le site détecteur d’IA !

Détecteur d’IA ou détecteur de mensonge ?

Le Monde a soumis plus de la moitié du roman à l’outil PANGRAM, qui a estimé qu’une très grande partie du texte avait été générée par IA, avec un niveau de confiance élevé. Le journal rappelle par ailleurs que certaines études créditent Pangram de meilleurs résultats que plusieurs outils concurrents. Donc oui : il y a matière à s’interroger.

Mais s’interroger n’est pas condamner.

De son côté, Thélyson Orélien nie avoir confié son écriture à une machine. Grasset a également pris sa défense, tandis que son éditeur québécois Boréal a affirmé conserver sa confiance dans son travail.

L’objet de cet article n’est pas de savoir qui a raison mais plutôt d’analyser notre rapport aux différents contenus auxquels nous sommes exposés.

Depuis quand bien écrire est devenu suspect ?

Ce qui m’interpelle beaucoup plus, c’est ce que cette affaire dit de notre rapport aux contenus depuis l’arrivée massive de l’IA générative.

On commence à devenir méfiants sur tout.

Si un texte est très bien structuré ? C’est l’IA

Lorsque quelqu’un utilise beaucoup les mêmes constructions ? C’est l’IA

Une métaphore paraît trop travaillée ? C’est l’IA

Une personne produit énormément de contenus ? C’est l’IA

Et attention, je fais partie des gens qui utilisent ces outils au quotidien et qui forment également les entreprises à leur utilisation. Je sais reconnaître certains automatismes ia comme les points virgules à la fin des listes, les tirets qui surgissent, les # avec une majuscule derrière…

Mais le problème commence justement quand on considère que ces caractéristiques appartiennent désormais à la machine.

Alors que non, car la machine les a bien apprise quelque part… et ce quelque part c’est chez nous !

On leur a appris à nous imiter. Et maintenant, on reproche presque aux humains de leur ressembler.

Freida McFadden, l’autrice de La Femme de ménage, a elle aussi dû prendre publiquement la parole cette année pour nier avoir recours à l’IA pour écrire ses romans. Son rythme de publication particulièrement soutenu était notamment devenu… un motif de soupçon.

À ce rythme-là, on peut se demander si pour prouver il faudra conserver ses brouillons et son historique Word.

Utiliser l’IA n’est pas forcément lui confier la création

Il y a aussi une nuance qui me paraît essentielle : utiliser une IA pour retranscrire un entretien, organiser des notes, chercher des pistes ou corriger une formulation n’est pas la même chose que lui demander : “Écris-moi mon roman.”

Je le constate aussi dans mon métier. Si j’utilise une IA pour retranscrire deux heures d’échange avec un client avant de travailler sa stratégie, est-ce elle qui a conçu la stratégie ? Non, elle m’a simplement évité deux heures de retranscription.

La vraie question devrait peut-être être moins “Avez-vous utilisé l’IA ?” que “Qu’avez-vous choisi de lui déléguer ?”

J’aime beaucoup l’image utilisée récemment par Amélie Nothomb : faire écrire une œuvre à sa place reviendrait à envoyer une machine danser à sa place. L’outil peut accompagner la création. Mais s’il crée à votre place, ce n’est plus tout à fait la même danse.

Bienvenue dans l’ère du doute

Je ne sais pas si Thélyson Orélien a utilisé l’IA pour écrire son roman.

Ce qui m’inquiète davantage, c’est la facilité avec laquelle nous sommes désormais prêts à remettre en cause des mois ou des années de travail sur la base du verdict d’un logiciel. On a créé des machines capables d’imiter les humains. Et maintenant, les humains doivent parfois prouver qu’ils ne sont pas des machines.

Déjà qu’à mon époque on stressait avec les logiciels anti-plagiat pour nos mémoires de fin d’études…

Est-ce qu’on est en train de devenir trop méfiants face aux contenus à cause de l’IA ?

Et si ces sujets vous intéressent, je propose également des formations autour de l’IA générative appliquée à la communication : comprendre les outils, gagner du temps, mais surtout apprendre à les utiliser sans perdre sa patte, son regard et sa valeur ajoutée.

Vous souhaitez en parler ou organiser une formation dans votre entreprise ? Écrivez-moi.

Et pour faire les plus curieux d’entre vous j’ai passé mon article écrit, par mes soins, au détecteur :

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